Bypass gastrique : 10 ans après, de 140 à 90 kg. Mon bilan sans filtre

Par Vincent Jeannerot , le 25 juillet 2026 , mis à jour le 25 juillet 2026 - 15 minutes de lecture
Vincent Jeannerot 140 Kilos À 90Kg By Pass New York
Mon avis sur des produits et services que j'utilise réellement.

Le 25 juillet 2016, à 10h, j’entrais au bloc opératoire de la poly clinique Saint Vincent à Besançon pour un bypass gastrique. C’est l’une des trois grandes techniques de chirurgie bariatrique avec la sleeve gastrectomie et l’anneau gastrique. 

Ce jour-là, je n’étais pas un cas médical particulier : juste un patient de plus, un adulte avec un IMC de 38, une obésité sévère, une hypertension artérielle et un diabète de type 2 traité par deux injections d’insuline par jour. 

Une maladie métabolique bien installée. 

L’intervention, réalisée par cœlioscopie, consiste à réduire l’estomac à une petite poche reliée directement à l’intestin. 

Cinq jours d’hospitalisation, et une promesse : une perte de poids durable, à condition de changer de mode de vie. C’est la chirurgie de l’obésité.

Dix ans plus tard, jour pour jour, je pèse 90 kg. Stable. Sans reprise. 

Les témoignages de patients à 6 mois sont partout ; à 10 ans, ils sont rares. 

Voici mon bilan honnête : la préparation, l’opération, le suivi, les carences en vitamines, ce qui a marché, et ce que je fais encore mal.

Ma vie avant : 25 ans de surpoids

Je suis en surpoids depuis mes 13 ou 14 ans, je ne sais plus trop. Pas une prise de poids brutale, non : quelques kilos par an, tous les ans, pendant 25 ans. Jusqu’à un maximum de 140 kg.

Et comme tout le monde dans cette situation, j’ai tout essayé. Les nutritionnistes. Les points Weight Watchers comptés à chaque repas. Les régimes absurdes, genre ne manger que du jambon. Les poudres hyperprotéinées. Ça marchait, d’ailleurs. À chaque fois. Je perdais 10, 15 kilos.  Et puis la motivation s’effritait, la vie reprenait le dessus, et les kilos revenaient avec des copains.

Mon vrai problème n’a jamais été de perdre du poids. C’était de tenir sur la durée. Et sur ce point, aucun régime ne pouvait rien pour moi.

Pendant ce temps, mon corps encaissait. D’abord l’hypertension. Puis le diabète de type 2. D’abord des comprimés, ensuite l’insuline : deux injections par jour. À ce stade, on ne parle plus de confort ou d’esthétique. On parle d’une maladie chronique qui s’installe et qui grignote. On ne se sent pas malade, c’est insidieux, sauf les piqûres, tu ne sens rien.

Et puis il y a eu ma fille. Elle était toute petite et je faisais un calcul simple : à ses 3 ans, il faudrait la suivre partout, la porter, courir derrière elle. Avec l’équivalent de plusieurs packs d’eau en trop sur le dos, en permanence. 

Je savais que je n’y arriverais pas. C’est ce déclic-là, en septembre 2015, qui m’a fait franchir le pas : je me suis renseigné sérieusement sur la chirurgie.

10 mois de préparation (et c’est tant mieux)

On ne se fait pas opérer sur un coup de tête et heureusement. Entre la décision en septembre 2015 et l’opération en juillet 2016, il s’est passé 10 mois de parcours : consultations avec le chirurgien, bilans, nutritionniste, examens en série, groupes de parole, psy et autres spécialistes.

La première fois que j’ai vu le chirurgien, il m’a pas dit grand-chose, il m’a donné la liste des examens et surtout il m’a demandé de me renseigner sur les opérations. Moins de 10 minutes après j’étais sorti. Sonné. Je ne pensais pas être là avec autant de doutes. Un mois plus tard, je suis revenu chez le chirurgien avec une liste de questions longue comme le bras, je l’ai retrouvée en préparant cet article. 

Quelle taille de cicatrice ? Combien de temps d’hospitalisation ? Est-ce qu’on perd ses cheveux ? Est-ce que je pourrai encore boire un verre ? Qu’est-ce que le dumping syndrome ? Je vous conseille d’ailleurs de faire pareil : écrivez tout, posez tout. Un bon chirurgien répond à tout. Les Canadiens étaient déjà en avance sur ces opérations, ils ont des sites web riches en information.

Deux techniques de traitement chirurgical principales existaient : 

  • la sleeve (on retire une partie de l’estomac)
  • le bypass (on court-circuite l’estomac pour le relier directement à l’intestin).

Il y a aussi un anneau gastrique ajustable ou pas, mais mon chirurgien l’associe à un des types de chirurgies de complaisance. Dans mon cas, avec un diabète sous insuline, le bypass s’est imposé : c’est la technique la plus efficace sur le diabète de type 2, avec un taux de guérison ou d’amélioration très élevé chez les patients opérés. C’était mon enjeu numéro un, avant même les kilos. J’avais en tête de faire une sleeve, mais le médecin et l’ensemble de l’équipe pluridisciplinaire ont opté pour le by-pass. Honnêtement, avec le recul, je suis heureux. Je vois trop de sleeves qui ne fonctionnent pas sur le long terme. 

Détail qui parlera aux indépendants : j’avais déjà mon entreprise à faire tourner. J’ai donc calé l’opération stratégiquement, juste après les Eurockéennes (un gros moment de l’année pour mon activité), pour m’offrir un mois et demi d’arrêt pendant la période la plus calme. Quand on est dirigeant, même une opération se planifie comme un projet.

L’opération et le premier mois

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Le déroulé, tel que je l’ai noté à l’époque :

24 juillet 2016 : entrée à la polyclinique

25 juillet, 10h : intervention chirurgicale, pas de douleur et juste deux petits trous dans le ventre. Je ne sais plus la durée de l’intervention.

26 juillet : on m’enlève la sonde du nez, c’est pas douloureux, mais tellement désagréable.

28 juillet : première « alimentation », enlèvement de la perfusion

29 juillet : alimentation liquide, retrait du drain… et sortie. 5 jours au total.

Cinq jours d’hospitalisation, et un premier résultat spectaculaire dont je reparlerai plus bas : je suis sorti de la polyclinique sans insuline. Après des années de piqûres biquotidiennes.

Ensuite, la réalimentation se fait par paliers, sur un mois complet :

Semaine 1 : aliment liquide et semi-liquide

Semaine 2 : aliment mixé lisse

Semaine 3 : aliment mixé à haché

Semaine 4 : aliment haché à normal

Jour 29 : alimentation « normale ». Entre gros guillemets : normale en texture, plus jamais en quantité.

Le nouvel estomac fait la taille d’un petit pot. On réapprend littéralement à manger : petites bouchées, mastiquer longtemps, ne pas boire en mangeant, s’arrêter au premier signal. Le corps ne négocie pas : une bouchée de trop et il vous le fait immédiatement savoir.

La satiété, cette sensation que je ne connaissais pas

C’est peut-être la plus grande découverte de toute cette aventure et personne ne m’en avait parlé : à 40 ans passés, j’ai découvert la satiété.

Avant l’opération, je mangeais beaucoup, beaucoup trop, mais je n’étais jamais malade. Jamais rassasié non plus, en fait. Je me disais parfois « j’ai trop mangé », et je passais à autre chose. Mon corps n’envoyait aucun signal d’arrêt. Après l’opération, le signal est arrivé et il est non négociable.

Restaurant, repas de famille, déjeuners pros : le mode d’emploi social que personne ne vous donne

Mon premier restaurant après l’opération, je m’en souviens comme si c’était hier. Un jour de tournage à Montenois, l’envie d’une truite meunière. J’en ai mangé une bouchée. Une. Et, j’étais rassasié. Le cuisinier tournait autour de la table en se demandant ce qui n’allait pas avec son plat. Au bout d’un moment, je lui ai expliqué la situation… et il ne me croyait pas.  Depuis ce jour-là, je préviens systématiquement au restaurant, dès la commande. Ça désamorce tout.

Cette satiété m’a obligé à désapprendre mon éducation. On m’a appris à finir mon assiette. Aujourd’hui, je ne la finis pas forcément, parce que tout peut se jouer à une cuillère près. 

La bouchée de trop, je la paie cash : 30 à 60 minutes à être malade. Alors, je choisis. Je choisis ce que je mange, ce que je ne mange pas et ce que je laisse. Ne pas finir une assiette pour une bouchée, ça s’apprend, et croyez-moi, ça n’a rien d’évident quand on a grandi avec l’inverse.

L’entourage aussi a dû apprendre. Ma famille, Alex, Victor et Anna, m’a aidé et soutenu du début à la fin. Quitte à ne pas manger devant moi pour ne pas me faire envie. Mais autour, les repas de famille et les invitations ont longtemps été un numéro d’équilibriste : les gens avaient peur que je n’aie pas assez mangé, et me poussaient à me resservir. Il a fallu expliquer, répéter, faire comprendre que trois bouchées, chez moi, c’est un repas complet. On y arrive.

La fonte : 40 kg en un an

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Je suis entré au bloc autour de 132 kg (j’étais déjà redescendu de mon maximum de 140). Avant l’opération, je crois que j’ai mangé tous les trucs que j’avais peur de ne plus pouvoir manger après. Raclette, fondue, tartiflette, … le gras c’est la vie.

Neuf mois plus tard, au printemps 2017, j’étais à 90 kg. Un peu plus de 40 kg envolés en moins d’un an. J’ai perdu 12 kilos le premier mois, 6 le second, 6 le troisième, puis 4, puis 5,5, puis 3, puis 3 …

Je suis même descendu jusqu’à 83 kg entre mi-2017 et fin 2018, mon poids le plus bas. Après, je me suis stabilisé autour de 90 kg. Et je n’en ai plus bougé depuis à plus ou moins trois kilos.

C’est LE chiffre que je veux mettre en avant dans ce bilan : 10 ans sans reprise de poids. Parce que c’est la peur numéro un de tous ceux qui envisagent l’opération et la question qu’on me pose le plus souvent. Oui, certains opérés reprennent du poids. Non, ce n’est pas une fatalité.

Côté santé, le résultat a été immédiat : l’insuline, arrêtée dès la sortie de l’hôpital. Le traitement contre l’hypertension, arrêté du jour au lendemain. Après des années de piqûres et de comprimés, c’est vertigineux.

Ce que personne ne m’avait dit : la grossophobie se découvre en maigrissant

Voilà le point le plus étrange de toute cette histoire et l’un des plus durs.

À 130 kg, je ne me sentais pas victime de grossophobie. Je vivais ma vie, je travaillais, les gens étaient corrects avec moi. Du moins c’est ce que je croyais.

C’est en maigrissant que j’ai compris. Parce que d’un coup, on ne me traitait plus pareil. Et les discussions les plus révélatrices, je les ai eues avec des clients honnêtes. Dans leur tête, le gros, c’est celui qui avance tranquillement. Rassurant, sympathique, posé… mais pas dynamique. Pas celui à qui on confie le projet qui doit aller vite. Je suis convaincu que certains de mes clients actuels n’auraient jamais travaillé avec le moi d’avant. Même compétences, même sérieux, même personne. Juste 40 kg de plus dans le regard de l’autre.

Découvrir la considération qu’on vous accorde à 90 kg, c’est découvrir en creux celle qu’on vous refusait à 130. Personne ne m’avait préparé à ça. C’est une claque dont on parle peu et je trouve important de la poser ici.

La peau, les vitamines, le diabète : mes vérités moins glorieuses

La peau d’abord. Quand on perd 40 à 50 kg, la peau ne suit pas toujours, et beaucoup d’opérés passent par la chirurgie réparatrice (abdominoplastie notamment). Je n’en ai pas eu besoin. 

Ma théorie : les séances de Powerplate que j’ai faites pendant la perte de poids ont aidé ma peau à se retendre progressivement. Je le dis avec prudence, je n’ai aucune certitude scientifique, et chaque corps est différent. Mais c’est mon expérience et en 10 ans, je n’ai toujours pas eu recours au bistouri pour ça. 

Les vitamines ensuite et là je ne suis pas un bon élève. Un bypass court-circuite une partie de l’absorption des nutriments. 

La règle est claire : compléments à vie (multivitamines, fer, calcium, vitamines A et D…) et prise de sang de contrôle régulière. Je le sais. Et pourtant, depuis au moins 3 ans, je prends mal mes vitamines et j’ai laissé filer mon suivi. Mais je vais me motiver. C’est toujours le même souci, je ne me sens pas malade.

Le diabète enfin, pour être complètement transparent. L’insuline a disparu à la sortie de l’hôpital, mais le diabète, lui, n’a pas totalement disparu. Il est toujours là, plus discret. Et je ne prends pas mon traitement. Ne faites pas comme moi : c’est exactement le genre de négligence qui peut gâcher un résultat magnifique.

Je pourrais ne pas écrire ces lignes. Je les écris quand même, pour deux raisons. 

  • La première : ce serait malhonnête de raconter un parcours parfait. 
  • La deuxième : écrire cet article me remet devant mes responsabilités.

Considérez ce paragraphe comme un engagement public à reprendre mon suivi, mes vitamines et mon traitement. Vous êtes témoins.

Ce que je dirais à quelqu’un qui hésite

  1. Ce n’est pas une solution de facilité. C’est même l’inverse : c’est l’outil qu’on choisit quand on a compris que la volonté seule ne suffit pas sur 30 ans. L’opération règle le problème que les régimes ne règlent jamais : la durée.
  2. Le bypass ne fait pas le travail à votre place. Il change les règles du jeu (satiété rapide, quantités réduites), mais c’est vous qui jouez, tous les jours, à chaque repas, à vie.
  3. Posez toutes vos questions avant. Toutes. Faites une liste écrite, même les questions qui semblent bêtes. C’est votre corps et votre vie d’après. Un conseil qu’on m’a donné aussi. Utiliser une assiette à dessert plutôt qu’une assiette normale pour diminuer les quantités. Et, poser sa fourchette entre chaque bouchée.
  4. Préparez la logistique, surtout si vous êtes indépendant ou dirigeant : l’opération se planifie comme un projet, avec une vraie période d’arrêt protégée. Et le parcours avant l’opération dure 10 à 12 mois, c’est pas sur un coup de tête comme certains le proposent pour la sleeve ou l’anneau.
  5. Préparez votre entourage : les proches qui vous poussent à manger « parce que ce n’est pas assez » partent d’une bonne intention. Expliquez-leur avant, réexpliquez après.
  6. Préparez-vous aussi psychologiquement et pas seulement à la perte de poids : le regard des autres change, et ça remue plus qu’on ne le croit. Un truc cool aussi, c’est le changement de garde robe. Ma plus belle victoire, c’est porter ce qui est sur le mannequin et pas la dernière fringue tout au fond du magasin avec le regard autain du vendeur.
  7. Le suivi post-opératoire à vie n’est pas une option. Faites mieux que moi sur ce point.
  8. Parlez-en à une équipe spécialisée, pas à Google. Ce témoignage est mon histoire, pas un avis médical.
  9.  Les trucs que mon endocrinologue m’a dits. Il y a une chance sur 2 de divorcer ou de se séparer après et tout autant de devenir alcoolique…

Questions fréquentes

Est-ce qu’on reprend du poids après un bypass ?

Certains opérés en reprennent, oui, notamment quand les anciennes habitudes reviennent. On m’a interdit les chewing-gums et les sodas. Ça fait gonfler le ventre. Mais j’ai repris la bière… Me concernant : opéré en 2016, stabilisé autour de 90 kg, aucune reprise en 10 ans. La chirurgie donne l’outil, l’hygiène de vie fait la durée (même si c’est surtout la satiété qui me limite, je n’ai pas repris le sport ou une activité physique régulière pour autant, même si j’ai tenté et que je suis plus léger).

Peut-on manger normalement 10 ans après ?

En texture, oui et ce depuis le second mois. En quantité, non et c’est définitif. Dix ans après, la bouchée de trop se paie toujours : 30 à 60 minutes à être malade. Mes pièges à moi : les petits morceaux pas assez mâchés (le riz, la viande hachée) et le trop sucré.

Faut-il vraiment prendre des vitamines à vie ?

Oui. Le bypass réduit l’absorption des nutriments, les compléments et les prises de sang de contrôle sont prévus à vie. C’est justement mon point faible, j’en parle sans détour dans l’article.

Le bypass guérit-il le diabète de type 2 ?

C’est la chirurgie bariatrique la plus efficace sur le diabète de type 2, avec des taux de rémission ou d’amélioration très élevés, variables selon l’ancienneté du diabète et la durée sous insuline. Pour moi : arrêt de l’insuline dès la sortie de l’hôpital, après des années à deux injections par jour. Le diabète reste toutefois présent et se surveille à vie.

Combien de temps dure l’hospitalisation ?

Pour moi : 5 jours, du 24 au 29 juillet 2016, avec une reprise d’alimentation normale à J+29.

Si c’était à refaire ?

Dix ans après, la réponse tient en un mot : oui. Sans hésiter. Pas parce que tout a été simple, vous venez de lire que non. Mais parce que j’ai troqué deux piqûres d’insuline par jour et 140 kg contre une vie où je peux suivre ma fille partout. Elle a grandi, elle court vite. Moi aussi maintenant.

Si vous êtes passé par là, ou si vous vous posez la question, les commentaires sont ouverts. Je réponds à tout, comme mon chirurgien l’a fait pour moi.

Cet article est un témoignage personnel, pas un avis médical. Chaque situation est unique : si vous envisagez une chirurgie bariatrique, parlez-en à votre médecin traitant et à une équipe spécialisée.